Plante aux vertus écologiques remarquables, le bambou s’affirme de plus en plus comme une solution durable face aux défis environnementaux. Le bambou pouvant séquestrer jusqu’à 30–60 t CO₂/ha/an, produire une biomasse 2 à 4 fois supérieure à celle de nombreuses forêts naturelles, réduire les pertes en sol de près de 90 % et restaurer une couverture végétale fonctionnelle en moins de deux ans, il contribue à la restauration des écosystèmes dégradés et à la résilience climatique des territoires.
C’est dans cette dynamique qu’une vingtaine de pépiniéristes et membres de l’association Sonangnon, structure de gestion de l’aire communautaire de conservation des ressources en eau – ACC-RE Gnonhin, ont pris part à un atelier de formation sur la mise en place de pépinières et de reboisement de bambou, organisé du 15 au 19 janvier 2026 par l’ONG Eco-Benin, dans l’arrondissement de Sagon, commune de Ouinhi.

L’atelier a été officiellement lancé par le maire de la commune de Ouinhi, M. Jonas Babatoundé Houessou, en présence du chef de l’arrondissement de Sagon. Dans son allocution, l’autorité communale a salué cette initiative d’Eco-Benin et les porteurs du projet de création de l’aire communautaire de conservation des ressources en eau.
« La faune, la flore terrestres et aquatiques de notre commune sont aujourd’hui fortement menacées », a-t-il déploré, avant d’ajouter :
« Je suis heureux de voir ces pépiniéristes se former pour nous aider à reboiser les espaces dégradés, notamment dans l’ACC-RE Gnonhin ».
Mieux connaître le bambou pour mieux le protéger
La formation visait à renforcer les compétences techniques des participants, notamment en matière de production, d’entretien et de suivi des plants de bambou. Dès les premières heures de la formation, les participants ont été amenés à distinguer le bambou du raphia, deux espèces souvent confondues par les populations locales.
Ils ont appris à reconnaître, sur un pied de bambou, les tiges anciennes et les jeunes pousses, à identifier les tiges aptes à servir de semences, ainsi qu’à installer correctement une pépinière. Trois méthodes de multiplication leur ont été enseignées : (1) la méthode d’éclat de souche, (2) la méthode de bouturage avec prolongement, et (3) la méthode de bouturage sans prolongement.

Un accent particulier a été mis sur la préparation du substrat de plantation, composé d’un tiers de fumier et de deux tiers de sable, complétés par des matières végétales sèches et légères, afin de garantir un milieu favorable à la croissance des boutures.
Une formation alliant théorie et pratique
Pour renforcer l’apprentissage, la formation a alterné enseignements théoriques et exercices pratiques sur le terrain. Les nouveaux pépiniéristes ont manipulé eux-mêmes les tiges, effectué les découpes, choisi les pots appropriés et réalisé les premiers essais de mise en culture.
« J’ai trouvé les participants très intéressés et particulièrement assidus. Nous estimons qu’ils sont désormais suffisamment aguerris pour poursuivre la mise en place de pépinières, la plantation et la protection de leur environnement », a confié Dr Murielle Tonouewa, chercheure au Laboratoire d’écologie, de botanique et de biologie végétale de l’Université de Parakou, formatrice principale de l’atelier.
Au total, la formation a permis la mise en place d’une pépinière de près de 200 plants de Bambusa vulgaris, l’une des trois espèces de bambou présentes au Bénin, aux côtés de l’Oxytenanthera abyssinica et du Dendrocalamus asper.

Pour Charmsdine Ouorou-Bare, promoteur de Bambou Masse Bénin et formateur, l’enthousiasme des participants est un indicateur fort :
« Les réactions et l’engagement des pépiniéristes me réjouissent et confirment le succès de cette formation ».
Des équipements pour assurer la pérennité de l’action
Afin de garantir la continuité des activités sur le terrain, un lot de matériel a été remis aux bénéficiaires. Il comprend notamment des râteaux, des houes, des arrosoirs, des décamètres, des bottes et des gants. Un appui matériel qui permettra aux pépiniéristes de poursuivre la production de plants et d’appliquer durablement les connaissances acquises.
Les bénéficiaires n’ont pas caché leur satisfaction.
« Je ne connaissais pas tous les bienfaits de cette plante merveilleuse qu’est le bambou. Grâce à cette formation, nous nous engageons à poursuivre la mise en place de pépinières pour le reboisement des espaces dégradés de l’ACCRE Gnonhin », a témoigné Rose Kpadonou, pépiniériste.
Le reboisement en bambou pour restaurer les berges du “Liho”
Le Liho, l’un des bras les plus importants du fleuve Ouémé dans l’arrondissement de Sagon, a longtemps après le Slé été le cœur battant de la vie écologique et socioéconomique locale. À cet endroit, le fleuve s’étale et forme de vastes zones marécageuses qui constituent des habitats essentiels pour une grande diversité d’espèces aquatiques et terrestres. Mais aujourd’hui, ce patrimoine naturel est gravement menacé.
Les pratiques agricoles inadaptées, la transhumance et l’érosion accélérée ont progressivement ensablé ce canal vital, mettant en péril l’équilibre écologique de toute la zone. Le constat est alarmant et partagé par les populations riveraines.
« L’état de tarissement du Liho est très avancé. Quand nous étions jeunes, à cette période de l’année, le Liho était encore bien rempli d’eau et nous y allions pour pêcher. Aujourd’hui, vous le voyez vous-mêmes : tout est sec », témoigne avec émotion Basile Ganhoudjo, chef du village Hinvèdo.

Face à cette situation critique, l’urgence d’agir s’est imposée. Dans le cadre de la mise en œuvre du projet DURAGIRE, l’ONG Eco-Benin a initié une opération de reboisement en bambou sur les berges du Liho, afin de freiner l’érosion et contribuer à la restauration durable de ce bras du fleuve Ouémé.
Au total, près de 1 000 plants de bambou ont été mis en terre sur une superficie de 4,3 hectares. Cette action concrète est précédée de la formation de pépiniéristes locaux à la mise en place de pépinières de bambou, garantissant ainsi une intervention fondée sur des compétences locales renforcées.
« Nous voulons freiner l’érosion de part et d’autre du Liho. C’est pourquoi nous avons initié cette activité de reboisement de bambou. D’autres actions suivront pour protéger ce bras du fleuve Ouémé, crucial pour les ressources en eau du milieu », explique Sylvain DAAVO, chargé de mission à Eco-Benin.
Pour maximiser l’efficacité du reboisement, la méthode de plantation en quinconce a été adoptée. Couramment utilisée pour les haies vives à vocation anti-érosive, cette technique repose sur deux lignes parallèles décalées.

« L’objectif est de positionner les racines de la deuxième ligne dans les intervalles de la première, et inversement. Cela permet de bloquer le ruissellement de l’eau et d’éviter que le sable ne soit emporté », explique Chamsdine Ouorou-Bare, formateur et promoteur de Bambou Masse Bénin.
Au-delà de la plantation, un comité communautaire de suivi des plants a été mis en place au sein de l’association Sonangnon. Sa mission : assurer l’arrosage régulier, poursuivre le nettoyage du site, réaliser des pare-feux et organiser des patrouilles de surveillance afin de protéger les jeunes plants contre les menaces telle que la transhumance.

Pour les populations locales, cette action est source de fierté et d’espoir. Elles saluent cette initiative qui répond concrètement à leurs préoccupations quotidiennes mais aussi qui les implique directement dans la protection de leur environnement.
ABOKI DANIEL / ECO-BENIN
