Et si la terre devenait l’une des solutions pour mieux vivre dans les maisons, tout en valorisant les matériaux locaux ? À Parakou, une vingtaine d’artisans maçons apprennent à maîtriser les techniques d’enduits en terre, une approche de rénovation qui pourrait contribuer à améliorer le confort thermique des habitations. Une initiative portée par Geres et Eco-Benin dans le cadre du projet FRESH, financé par l’Agence Française de Développement (AFD).
Par Daniel Aboki – ECOBENIN
Comment construire ou rénover une maison pour mieux supporter la chaleur, sans nécessairement augmenter les dépenses d’énergie ? À cette question, des artisans maçons de Parakou explorent une réponse à travers la valorisation des matériaux locaux. Du 21 au 23 octobre 2026, une vingtaine de professionnels du bâtiment ont pris part à une formation pratique consacrée aux techniques d’enduits en terre. L’objectif : renforcer leurs compétences pour proposer des solutions de rénovation adaptées aux réalités climatiques et aux besoins des ménages.
Sur deux bâtiments pilotes situés à Ganou, dans la ville de Parakou, les participants sont passés de la théorie au geste. Préparation des matériaux, dosage du mélange et application de l’enduit sur les murs : les artisans ont expérimenté les différentes étapes de cette technique, avec l’ambition de pouvoir la reproduire de manière autonome sur leurs futurs chantiers.

De la formation au chantier, apprendre en pratiquant
Ici, pas question de se limiter aux explications théoriques. La formation fait la part belle à la pratique, afin de permettre aux artisans de s’approprier les gestes techniques et de les reproduire une fois de retour sur le terrain.
« Cette méthode pratique permet aux artisans maçons participants à cette formation d’assimiler correctement le travail et d’être capables de le refaire sans les formateurs », explique Boris Koutchedi, assistant formateur. Il insiste sur la place accordée à l’apprentissage par l’action, qui constitue l’un des principaux ressorts de cette session.
Cette deuxième vague de formation vise ainsi à faire des artisans des acteurs capables de proposer des solutions concrètes de rénovation thermique. Déjà en activité, ces professionnels occupent une place stratégique dans la chaîne de construction : ils sont régulièrement sollicités par les propriétaires pour bâtir, aménager ou rénover leurs habitations. Leurs compétences peuvent donc contribuer directement à faire évoluer les pratiques sur les chantiers.
Au-delà de l’acquisition de nouveaux gestes professionnels, l’enduit en terre ouvre des perspectives pour améliorer le confort dans les logements. La technique consiste à préparer un mélange de matériaux selon un dosage adapté, puis à l’appliquer sur les murs. Bien mise en œuvre, elle peut contribuer à améliorer le comportement thermique des parois et à limiter les variations de température à l’intérieur des bâtiments.
Pour les ménages, l’enjeu est important : disposer d’habitations plus confortables, notamment pendant les périodes de forte chaleur, et réduire potentiellement le recours aux équipements de refroidissement, ainsi que les dépenses énergétiques associées.

Issa Lafia, artisan maçon participant à la formation, témoigne des connaissances acquises :
« Avec le projet FRESH, j’ai appris beaucoup de techniques en rénovation thermique et climatique, par exemple l’enduit terre, qui consiste à faire un mélange de sable, de latérite avec un dosage de ciment exigé pour permettre le rafraîchissement des murs dans les chambres. »
Son témoignage illustre l’intérêt de cette démarche pour les professionnels qui souhaitent élargir leurs compétences et diversifier les solutions proposées à leur clientèle. La maîtrise de ces techniques pourrait également favoriser une meilleure prise en compte du confort thermique dès la construction ou lors de travaux de rénovation.
Structurer une filière de rénovation autour des matériaux locaux
Pour Geres et l’ONG Eco-Benin, l’ambition dépasse la formation d’une vingtaine d’artisans. Il s’agit aussi de contribuer à l’émergence d’une offre de rénovation plus adaptée aux besoins des populations, en encourageant l’utilisation de matériaux disponibles localement, notamment la terre et le bambou.
« Nous attendons, à l’issue de cette formation, que l’offre en matière de construction soit améliorée et que la filière de rénovation puisse se structurer autour de la valorisation des matériaux locaux tels que la terre, les bambous, etc. », souligne Gédéon Jakou, chef de projet FRESH chez Geres.

L’enjeu est donc double : renforcer les capacités des artisans déjà présents sur le marché et encourager des pratiques de construction et de rénovation qui accordent davantage de place au confort thermique et aux ressources locales. À terme, une meilleure maîtrise de ces techniques pourrait enrichir les prestations proposées aux ménages et contribuer à structurer une offre professionnelle encore plus diversifiée.
La session organisée à Parakou s’inscrit dans une démarche de renforcement des compétences qui concerne également d’autres localités du Bénin. La semaine précédente, une formation similaire s’était déroulée à Abomey-Calavi, témoignant de la volonté de diffuser ces pratiques auprès des professionnels du bâtiment dans les villes du Bénin.
À travers le projet FRESH, mis en œuvre par Geres et Eco-Benin avec le financement de l’Agence Française de Développement (AFD), la promotion de techniques de rénovation thermique s’appuie ainsi sur un levier essentiel : les artisans eux-mêmes. En leur donnant les moyens d’expérimenter et de maîtriser de nouvelles méthodes, l’initiative entend rapprocher les solutions d’écoconstruction des réalités des chantiers et des attentes des ménages.

À Ganou, les enduits en terre appliqués sur les bâtiments pilotes racontent déjà cette volonté de faire évoluer les pratiques. Reste désormais à transformer l’expérience acquise en savoir-faire durable, puis en prestations accessibles aux propriétaires.
ABOKI DANIEL / ECO-BENIN