Au Centre Nonvignon, puis sur le terrain, Eco-Benin a organisé un atelier-bilan des travaux de restauration écologique des mangroves à Avlo. Cette rencontre s’inscrit dans le programme MYP5/PCRE, mis en œuvre avec l’appui de Join For Water (JFW).
Face à l’érosion côtière, aux inondations et à la dégradation des écosystèmes, la restauration des mangroves est une Solution fondée sur la Nature (SfN). Elle s’appuie sur les processus naturels de l’écosystème pour protéger les littoraux, régénérer la biodiversité, stocker du carbone et soutenir les moyens de subsistance des populations riveraines. À Avlo, cette approche est testée sur un site de 2 hectares et évaluée avec les communautés.

Un site conçu comme une expérience grandeur nature
Dans l’Aire Communautaire de Conservation de la Biodiversité (ACCB) de la Bouche du Roy, le site d’Avlo est parcouru par un réseau de 1 000 mètres de drains, creusé en 2024. Ces drains font circuler l’eau des marées jusqu’aux palétuviers et favorisent la dissémination des propagules depuis les arbres parents. Ils morcellent aussi le site en 14 parcelles expérimentales, dites zones de gestion. Chacune applique un scénario (plantation, régénération naturelle ou approche mixte) et porte une hypothèse à vérifier.
En 2026, de nouveaux travaux ont été menés pour répondre à l’accumulation de bourrelets de sédiments issus du curage. Les équipes ont creusé 120 mètres de drains de reconnexion et d’approvisionnement (1 m de large, 50 cm de profondeur), afin de renforcer les échanges hydriques et l’arrivée naturelle des propagules dans les parcelles.
L’enjeu du présent atelier est clair : vérifier si les scénarios ont tenu leurs promesses. Il fallait confronter les hypothèses de départ aux résultats des suivis scientifique et communautaire, ainsi qu’aux enseignements des travaux hydrauliques de 2024 et 2026.
Répartis en trois groupes, les participants ont parcouru les 14 parcelles. Pour chacune, ils ont renseigné une fiche en quatre rubriques : situation initiale, aménagements réalisés, constats et appréciation du scénario. Chaque hypothèse a ensuite été déclarée confirmée, infirmée ou à poursuivre.

Des premiers résultats encourageants
Les chiffres du suivi communautaire, réalisé en septembre 2026, donnent de bonnes raisons d’espérer. Trois équipes de la cellule de suivi floristique communautaire de l’ACP-Doukpo ont inventorié 1 845 plants dans 43 placettes. Parmi eux, 1 828 étaient vivants, soit 99,1 %. La croissance est également au rendez-vous. Dans les zones dégradées enrichies, les plants de Rhizophora racemosa atteignent en moyenne 1,60 m, contre 1,08 m sur le site REM et 0,86 m sur le site témoin. La régénération naturelle se montre elle aussi prometteuse, avec 127 cm en moyenne pour les plants issus de la nature, contre 109 cm pour ceux issus de plantation.
Un point de vigilance demeure toutefois : les bordures de drains. Seuls 37 % des plants y sont en bon état, contre 85 à 95 % dans les autres secteurs. Le rôle de la salinité et des conditions d’immersion devra être approfondi par des mesures complémentaires. Ces résultats restent par ailleurs préliminaires, car un seul passage de terrain a été réalisé et les données initiales de plantation ne sont pas disponibles.
Les communautés, premières productrices de données
L’atelier a mis en lumière un changement de méthode : ce sont désormais les communautés qui collectent les données. Le président de la zone Sud-ouest de l’ACCB Bouche du Roy, l’a résumé ainsi :
« Impliquer et faciliter aux communautés de collecter les données est vraiment une implication directe, puisqu’avant, c’étaient les chercheurs qui le faisaient. »

Cette approche, qui associe savoirs locaux et rigueur scientifique, est au cœur des SfN, car celles-ci ne durent que si les communautés se les approprient. Les échanges ont porté sur les facteurs de réussite des aménagements, les contraintes rencontrées et les moyens de pérenniser le suivi communautaire au-delà du programme.
À Avlo, Eco-Benin et ses partenaires poursuivent un même objectif : améliorer les pratiques de restauration des mangroves grâce à l’observation de terrain, à l’apprentissage collectif et à l’implication durable des communautés locales.
OZIRIS SOSSOU / ECO-BENIN
FRANCK AFFANOU / ASSISTANT PROJET
CALECHE AVAHOUIN / ASSISTANT JUNIOR RECHERCHE-ACTION