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  • Dernière modification de la publication :6 mai 2026

Dans une dynamique de valorisation des acquis scientifiques issus de ses interventions de terrain, l’ONG Eco-Benin a organisé, le 28 avril 2026 au Centre Nonvignon de Grand-Popo, une session de capitalisation des résultats du suivi scientifique du site de Restauration Écologique des Mangroves (REM) de la Bouche du Roy. L’initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Protéger et conserver l’eau pour une meilleure résilience socio-écologique au Bénin » (PCRE), financé par la Direction générale de la Coopération au Développement et Aide humanitaire de la Belgique (DGD) et mis en œuvre par Join For Water en partenariat avec Eco-Benin.

Cette rencontre stratégique a réuni vingt-neuf (29) participants représentant les principaux acteurs impliqués dans la gestion et la conservation du site. Parmi eux figurent les membres de l’Association de Conservation et de Promotion de la Bouche du Roy (ACP Doukpo), les comités de gestion des zones Nord et Sud, les représentants de la mairie de Grand-Popo, les agents des Eaux et Forêts, les dignitaires Zangbéto ayant participé à la sacralisation du site, l’équipe consultante scientifique, ainsi que les équipes techniques de Join For Water et d’Eco-Benin.

Pendant deux années consécutives (2024–2025), ce suivi scientifique, a permis d’évaluer plusieurs paramètres écologiques majeurs liés à la restauration des mangroves. Les travaux ont notamment porté sur la croissance, la survie et la régénération naturelle des plants de palétuviers des espèces Rhizophora racemosa et Avicennia germinans, l’évolution des conditions écologiques des sites restaurés, l’impact des aménagements hydrologiques sur la recolonisation aquacole et les activités de pêche, ainsi que l’inventaire floristique, la structure des ligneux et le bilan carbone des zones concernées.

Les résultats du suivi scientifique ont révélé des dynamiques écologiques contrastées mais globalement favorables à la restauration des mangroves. Sur le plan physico-chimique, les deux sites étudiés présentent des conditions environnementales relativement similaires, marquées par des températures élevées (≈ 28 à 30 °C), une augmentation saisonnière significative de la salinité (jusqu’à environ 16 g/L) et de faibles concentrations en oxygène dissous (≈ 2 à 4 mg/L), traduisant un environnement soumis à un stress modéré pour les jeunes palétuviers. Les nutriments (ammonium, nitrates et phosphates) ont montré des concentrations élevées en début de période, suivies d’une diminution progressive, indiquant une dynamique trophique active. Par ailleurs, les sédiments restent caractérisés par des conditions majoritairement anaérobies, malgré une faible teneur en matière organique. Malgré ces contraintes, les performances biologiques sont nettement meilleures sur le site restauré avec drains. Les palétuviers (Rhizophora racemosa) y présentent une croissance significativement plus élevée, avec un diamètre moyen atteignant environ 1,2 cm contre moins de 1 cm sur le site témoin, une hauteur légèrement supérieure, ainsi qu’un feuillage plus développé. Le taux de survie y est également plus élevé (jusqu’à 99 % contre 94 % sur le site témoin). De plus, la densité des ligneux est plus importante sur le site restauré, accompagnée d’un recouvrement plus élevé des palétuviers (près de 39 % contre 19 %), traduisant une meilleure dynamique de reconstitution de la mangrove.

Sur le plan écologique global, le site restauré présente également une diversité végétale légèrement plus élevée et un stock de carbone nettement supérieur (plus de 230 Mg C/ha contre environ 158 Mg C/ha sur le site témoin), le sol constituant le principal réservoir de carbone. En revanche, l’herbacée Paspalum vaginatum demeure dominante, en particulier sur le site témoin, ce qui peut limiter l’installation des palétuviers. Les aménagements hydrologiques ont par ailleurs favorisé une recolonisation aquatique, avec la présence de plusieurs espèces de poissons, notamment des tilapias et des mulets observés durant toute la période d’étude. 

Cependant, plusieurs défis persistent, notamment la persistance de conditions anaérobies dans les sédiments, la dominance encore marquée de certaines herbacées et une redistribution hydrologique imparfaite entre les sites. Ces éléments soulignent la nécessité d’ajustements techniques (microtopographie, gestion des déblais) et d’un renforcement de la gestion participative pour optimiser durablement les efforts de restauration.

Au-delà de la simple restitution des données scientifiques, cette session a été pensée comme un véritable espace d’analyse collective et de prise de décision. Après la présentation des résultats par l’équipe consultante, les participants ont engagé des échanges approfondis permettant d’identifier les leçons apprises, les facteurs de succès, mais aussi les défis rencontrés dans la mise en œuvre des actions de restauration, notamment autour des drains hydrologiques. Cette approche participative a favorisé l’émergence de recommandations opérationnelles concrètes et l’élaboration d’une feuille de route pour assurer la pérennisation des acquis du projet. Les réflexions ont particulièrement insisté sur la nécessité de renforcer l’implication communautaire, de consolider les mécanismes de gouvernance locale et de poursuivre le suivi scientifique pour garantir la durabilité écologique des interventions.

À l’issue des travaux, l’ensemble des contributions a été consolidé dans un rapport synthétique. À l’approche de la clôture du programme, cette capitalisation marque une étape décisive à travers une transformation de deux années de suivi scientifique qui constitue un levier concret d’action pour une gestion durable, participative et communautaire des écosystèmes de mangroves. Dans un contexte de forte vulnérabilité climatique, la préservation de la Bouche du Roy apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur pour la résilience socio-écologique du sud-ouest béninois. La science, lorsqu’elle rencontre l’engagement communautaire, devient alors un puissant moteur de restauration et d’espoir pour les générations futures.

OZIRIS SOSSOU / STAGIAIRE ECO-BENIN

CALECHE AVAHOUIN / ASSISTANT RECHERCHE JUNIOR

RELECTURE ET PUBLICATION : DANIEL ABOKI