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  • Dernière modification de la publication :9 juillet 2026

Les forêts sacrées de Grand-Popo et de Ouidah ont accueilli, le 30 juin 2026, une campagne communautaire de reboisement marquant une nouvelle étape dans la mise en œuvre du projet « Là où la mer rencontre la terre : patrimoine côtier du Bénin, résilience communautaire et inclusion dans un environnement en mutation » (CoHeRe).

Organisée par l’ONG Eco-Benin en partenariat avec l’Université d’Abomey-Calavi, University of East Anglia, Durham University et l’Université de Cologne, avec l’appui du programme CLARE financé par UK Aid (FCDO – Royaume-Uni) et le Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI – Canada), cette initiative a permis d’engager les communautés dans la restauration de leur patrimoine végétal à travers le reboisement d’espèces locales en voie de disparition.

Cette activité constitue l’une des premières traductions concrètes des engagements pris par les communautés lors des réunions d’engagement communautaire organisées les 1er et 2 avril 2026 à Grand-Popo. À cette occasion, dignitaires, chefs de villages, pêcheurs, productrices de sel, artisans, relais communautaires et autorités locales avaient identifié la disparition progressive de plusieurs espèces végétales présentes dans les forêts sacrées comme une menace majeure pour leur patrimoine culturel, leurs savoirs ancestraux et leur capacité d’adaptation face aux changements climatiques. En réponse à cette préoccupation exprimée par les communautés elles-mêmes, quatre forêts sacrées ont été identifiées pour cette première campagne de restauration écologique : Zangbétozoun et Orozoun à Agoué dans la commune de Grand-Popo, ainsi que ASSION-POGNON (Gbaminvodounzoun) et Odihonmin dans la commune de Ouidah.

Au total, 600 plants ont été mobilisés auprès de pépinières locales et mis à disposition des communautés pour renforcer ces espaces sacrés. Les espèces retenues : Garcinia cola  (petit cola), Khaya senegalensis (caïlcédrat), Haematoxylum campechianum (campêché), Vachellia nilotica (acacia), Triplochiton scleroxylon (samba) et Gmelina arborea (mélina)  avaient été identifiées lors des concertations communautaires comme faisant partie des essences autrefois abondantes dans ces forêts mais devenues aujourd’hui de plus en plus rares.

Les activités ont débuté par le point des plants, suivi des échanges avec les responsables des forêts sacrées et les communautés riveraines autour des techniques de mise en terre et d’entretien des plants ainsi que du rôle de ces espèces dans la conservation de la biodiversité et la lutte contre les effets du changement climatique.

L’engouement des communautés, des élus locaux et des dignitaires Vodun a marqué cette journée de reboisement. À Agoué, M. ADJAMGBA Célestin, chef de village, a salué la concrétisation des engagements pris quelques mois plus tôt :

« Lors des rencontres communautaires, nous avions attiré l’attention sur la disparition progressive de plusieurs espèces dans nos forêts sacrées. Aujourd’hui, nous constatons avec satisfaction que nos préoccupations ont été entendues. Nous avons reçu ces plants avec beaucoup de joie et nous prenons l’engagement de les protéger et de les entretenir afin qu’ils profitent à nos enfants et petits-enfants. »

Le même enthousiasme était perceptible chez les gardiens des patrimoines sacrés. M. POGNON Idelphonse, dignitaire de la forêt sacrée ASSION-POGNON (Gbaminvodounzoun) a réaffirmé l’engagement des communautés de Ouidah :

« Ces arbres sont bien plus que des plantes pour nous. Ils font partie de notre histoire, de nos traditions et de nos croyances. Nous remercions Eco-Benin et ses partenaires pour cette initiative et nous nous engageons à veiller sur ces plants jusqu’à leur maturité afin de transmettre cet héritage aux générations futures. »

Dans chacune des forêts visitées, les dignitaires, chefs de villages et responsables communautaires ont exprimé leur satisfaction de voir les préoccupations formulées lors des réunions d’engagement se transformer en actions concrètes sur le terrain. Plusieurs d’entre eux ont insisté sur la nécessité de poursuivre cette dynamique afin de restaurer progressivement l’ensemble des espèces historiquement présentes dans ces espaces sacrés.

Au-delà de la mise en terre des plants, un mécanisme communautaire d’entretien et de suivi a été défini avec les responsables des forêts sacrées et les communautés riveraines afin de garantir la survie des jeunes plants et leur intégration durable dans les écosystèmes locaux. Une mission de suivi technique sera organisée dans les prochaines semaines afin d’évaluer le taux de reprise des plants et d’accompagner les communautés dans les actions d’entretien.

 

À travers cette initiative, le projet CoHeRe démontre que le patrimoine végétal constitue un levier stratégique d’adaptation aux changements climatiques. La restauration progressive des forêts sacrées permettra notamment de préserver des espèces végétales porteuses de savoirs et de pratiques culturelles ancestrales, de renforcer la protection naturelle des sols contre l’érosion, de favoriser la régulation du microclimat local, de contribuer au stockage du carbone et d’améliorer la résilience des communautés face aux inondations et aux perturbations environnementales croissantes.

En associant directement les dignitaires, les chefs de villages, les gardiens des forêts sacrées et les communautés locales à la préservation de ces espaces,  CoHeRe contribue également à renforcer la transmission intergénérationnelle des connaissances endogènes et à consolider le rôle du patrimoine comme ressource vivante au service de la cohésion sociale et de la résilience climatique des communautés côtières du Bénin.

OZIRIS SOSSOU / STAGIAIRE ECO-BENIN

HAROLD AHOUANDJINOU / CHARGE DE PROJET

RELECTURE ET PUBLICATION : DANIEL ABOKI