• Post category:AGeReB
  • Dernière modification de la publication :6 septembre 2026

Dans la salle de conférence du Centre Nonvignon, les sourires se mêlent à une émotion difficile à dissimuler. Sur les visages, on lit la fierté, le soulagement, mais aussi l’espoir. Ils sont 31 ; Trente et un jeunes venus de différentes localités de la Réserve de biosphère du Mono-Bénin. Après une année de formation intensive, ils tiennent enfin entre leurs mains le précieux sésame : leur attestation de fin de formation. Pour certains, ce morceau de papier représente bien plus qu’un certificat. Il symbolise une deuxième chance. Pour d’autres, le premier véritable pas vers l’emploi, l’entrepreneuriat et l’indépendance.

Pendant douze mois, ces jeunes ont appris un métier au Centre Nonvignon de Grand-Popo. Trois filières leur ont été proposées : valet de chambre, transformation agroalimentaire et hôtellerie-restauration.

Mais ici, la formation ne s’est pas limitée aux salles de cours. L’approche retenue était volontairement tournée vers la pratique : 20 % de théorie et 80 % de pratique. Apprendre en faisant. Répéter les gestes. Se tromper parfois. Recommencer. Comprendre les exigences du métier. Apprendre à travailler en équipe. Découvrir progressivement ce que signifie être un professionnel.

Cette formation a été rendue possible grâce à une bourse entièrement financée par le projet AGeReB – « Appui à la gestion de la Réserve de biosphère du Mono et de l’Aire marine protégée Bouche du Roy pour un développement économique inclusif et durable». Financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’UICN PACO, l’UICN Pays-Bas et l’ONG Eco-Benin, le projet fait le pari que la conservation de la biodiversité doit aussi créer des opportunités pour celles et ceux qui vivent au cœur de ces territoires.

Maximilienne, le goût d’une seconde chance

Parmi les 31 bénéficiaires, Maximilienne TANGLE a choisi la transformation agroalimentaire. Lorsqu’elle évoque son parcours, sa voix traduit une émotion particulière. Il y a, dans ses mots, la surprise d’avoir découvert une capacité qu’elle ne soupçonnait peut-être plus et la fierté de pouvoir désormais transformer les ressources de son territoire en produits de qualité.

« Avant, je ne savais pas que j’avais encore la chance d’apprendre un métier. Aujourd’hui, grâce au projet AGeReB, je sais comment transformer les fruits en jus naturels sans sucre. Je sais comment donner de la valeur à nos produits agricoles pour que nous consommions sainement et localement. »

Son témoignage donne un visage concret à l’ambition du projet. Car derrière la transformation agroalimentaire, il y a une question essentielle : comment faire en sorte que les ressources produites localement profitent davantage aux communautés locales ?

Un fruit peut être consommé tel quel. Mais il peut aussi devenir un jus naturel, un produit transformé, une activité génératrice de revenus, voire le point de départ d’une petite entreprise. C’est cette chaîne de valeur que la formation cherche à encourager.

« Ces jeunes sont une ressource pour le territoire »

Dans la salle, les parents sont là. Les formateurs aussi. Les responsables du Centre Nonvignon, les élus locaux et l’équipe de coordination du projet AGeReB ont également répondu présents.

La présence du maire de Grand-Popo, M. Carlos Yao AYIKPE, donne une dimension particulière à cette cérémonie. Dans son intervention, l’autorité communale insiste sur l’importance de renforcer les compétences des jeunes et de créer les conditions de leur autonomie économique. Pour lui, ces nouveaux diplômés constituent désormais une ressource qualifiée pour les communes du Delta du Mono, mais aussi pour le développement d’une économie plus durable et la gestion responsable des ressources de la Réserve de biosphère du Mono-Bénin.

Puis vient une phrase qui résonne comme un regret du passé et, surtout, comme une invitation à agir pour l’avenir :

« Si cette formation avait existé il y a vingt ans, nous verrions déjà combien de jeunes seraient responsables, capables d’entreprendre, capables de travailler et de faire fonctionner leur famille dans les quartiers et régions. »

Une déclaration qui dépasse le cadre de la cérémonie. Elle rappelle que derrière les statistiques sur l’emploi des jeunes se trouvent des trajectoires individuelles, des familles et des territoires qui attendent des opportunités.

Screenshot

Les 31 jeunes de la 7ᵉ promotion du Centre Nonvignon disposent désormais de nouvelles compétences. Certains souhaitent rechercher un emploi. D’autres envisagent déjà l’auto-emploi et l’entrepreneuriat. Mais entre la formation et l’insertion professionnelle, il reste une étape déterminante. Actuellement, les bénéficiaires sont engagés dans un stage professionnel de trois mois au sein de différentes structures de la place. Cette immersion constitue une véritable passerelle vers le monde professionnel.

Pendant ces trois mois, il leur faudra mettre en pratique ce qu’ils ont appris, découvrir les exigences réelles d’un employeur, gagner en autonomie, développer leur expérience et, pourquoi pas, se faire repérer par de futurs recruteurs. Pour ceux qui rêvent d’entreprendre, ce sera également l’occasion d’observer le fonctionnement des structures professionnelles, d’identifier les besoins du marché et de commencer à imaginer leur propre activité.

En donnant à des jeunes des compétences dans l’hôtellerie, la restauration, l’agroalimentaire ou encore l’écoconstruction, le projet AGeReB cherche à faire émerger une génération capable de travailler, entreprendre et créer de la valeur sans compromettre les ressources naturelles de la réserve de biosphère du Mono.

DANIEL ABOKI / ECO-BENIN